Café de l’économie : «Information, qui la finance ?»

Information, qui la finance ? Tel était le thème du café de l’économie qui se déroulait mardi 9 décembre  à Pessac avec comme intervenants Thierry Magnol, médiateur du journal SUD OUEST,  Joël Aubert, créateur de Aqui.fr et Marcel Desvergne, Président d’ALIMSO.

debat : Information, qui la finance ? avec Thierry Magnol,  Joël Aubert, créateur de Aqui.fr et Marcel Desvergne.

Joël Aubert debout, Thierry Magnol, Marcel Desvergne

Joël Aubert est le premier à prendre la parole. Après avoir quitté le journal SUD OUEST, il créa le site « Aqui.fr » qui couvre l’information des 5 départements d’Aquitaine. Il réunit aujourd’hui 90.000 lecteurs fidèles. L’information qu’il diffuse est difficilement financée et cela est dû au fait que la plupart des lecteurs pensent que cette information rime avec gratuité. Or ce n’est pas le cas, et Joël Aubert affirme qu’il survit grâce à un peu de publicité, quelques partenariats et à des formations. Aujourd’hui, il lance une campagne de Crowdfunding pour financer le site internet qu’il gère car selon lui, si les lecteurs veulent une information de qualité elle doit être payée, il est important d’intégrer le lecteur à l’économie de la presse.

Thierry Magnol prend alors la parole. Il pose alors une question rhétorique : l’information a-t-elle vraiment un coût ? Pour lui c’est le transport de l’information qui coûte, auquel il faut ajouter la recherche de l’information et la mise en forme de cette dernière, notamment dans le domaine de la presse écrite. L’information en tant que telle n’a pas de coût, tout le monde peut en faire aujourd’hui, même s’il existe des règles à respecter. Et qui la finance ? Selon Thierry Magnol, ce sont les citoyens.
En ce qui concerne la presse numérique, il n’existe pas de modèle encore, c’est au citoyen de le définir.
Marcel Desvergne est le dernier des 3 invités à prendre la parole. Selon lui, ordinateurs, tablettes, portables, aujourd’hui tout devient numérique et la technologie est partout. Les citoyens sont désormais des lecteurs mobiles, et la dimension virtuelle touche tous les supports : notamment la publicité, et même le papier. Selon lui, avec le système numérique en mutation, on n’a jamais eu autant besoin de contenu que maintenant.

Thierry Magnol tient à appuyer le fait que même si le numérique prend plus de place il n’en reste pas moins que l’économie du journal SUD OUEST dépend encore des lecteurs papiers : 270.000 lecteurs papier qui représente 95% de l’économie du journal, contre 500.000 visiteurs par jour sur le site pour seulement 5% de l’économie de SUD OUEST.
Sous la forme d’un jeu de questions/réponses, le débat avec les personnes du public commence.
De nombreux sujets sont abordés tels que la fiabilité de l’information actuelle dont certains doutent. Avis que Thierry Magnol ne soutient pas du tout affirmant que la presse généraliste n’a jamais été plus fiable et transparente qu’aujourd’hui, et que cette méfiance vient surtout de la situation de notre société actuelle et de la perte de confiance des citoyens.

D’autres thèmes sont abordés comme :

  • le temps consacré aux enquêtes par les journalistes qui s’amenuise par manque de moyens, excepté pour les enquêtes politique et judiciaire,
  • le projet de réforme avec l’anti-concentration des médias qui n’a pas marché selon Thierry Magnol,
  • le prix des moyens et des supports d’’informations qui s’élèvent sans cesse,
    la place des agences de presse qui restent les premiers tuyaux de l’information en France et dans le monde, notamment avec l’AFP,
  • la place de la jeunesse dans le lectorat de SUD OUEST qui ne sont pas très présents, ce à quoi Thierry Magnol répond que ce sont les personnes entre 40-50 ans qu’il faut amener à lire SUD OUEST. Les jeunes eux lisent les quotidiens gratuits distribués près des transports en commun,
  • et le choix de la UNE du journal et son rôle dans l’impulsion d’achat. La Une de SUD OUEST est décidé afin qu’elle serve l’image du journal, et non pas l’achat, selon l’avis de Thierry Magnol.

Le mot de la fin ira à Joël Aubert qui dit qu’aujourd’hui nous sommes dans une époque où seuls les faits divers intéressent et que plus que jamais il y a besoin d’une hiérarchisation pour garder la fonction pédagogique, citoyenne et démocratique du journalisme, autrement on passe à côté de l’aspect noble du métier. Il faut également parler de ce qui marche, pas que de ce qui va mal surtout dans un contexte où la société perd peu à peu confiance.